Comment la société civile pourrait-elle apporter le changement ?

Chez Fanainga, on nous pose souvent la question : Qu’est-ce que c’est que la société civile exactement ? Pour répondre à cette question, nous avons donc consulté notre conseiller technique en renforcement de capacités auprès de Fanainga, Rija Ranaivoson. Il nous apporte quelques points essentiels pour comprendre la société civile, surtout sa place à Madagascar.

Peux-tu nous définir les champs d’application de la notion de « société civile » ?

En effet, la Société civile est un concept évolutif, mais qui est devenu, de plus en plus, familier du monde d’aujourd’hui. Apparemment, ce n’est pas quelque chose de nouveau mais il serait quand même judicieux de le définir pour une compréhension commune et à l’usage de tous.

Historiquement, le terme société civile trouve déjà son origine dans l’Antiquité grecque, c’est-à-dire, plus de 2000 ans avant notre époque contemporaine. L’expression désignait une assemblée sans hiérarchie dominante où des personnes différentes, issues de milieux divers se sont réunis pour partager les mêmes points de vue.

Les évènements se sont succédé, le concept est devenu de plus en plus à la mode.

D’une manière générale, la société civile désigne un domaine au sein de la société, qui est apparu entre les sphères étatique, économique et privée, ou encore, entre État, le marché et la famille. Pour son aspect, l’organisation de la société civile revête donc plusieurs formes dont les plus courantes sont les associations, les Organisations Non Gouvernementales (ONG), les coopératives, les divers groupements, syndicats ou plates-formes…

La particularité de ces organisations civiles est que les individus qui sont membres s’y regroupent librement selon leurs centres d’intérêt respectifs ou leur orientation personnelle ou professionnelle. Une fois regroupé, chaque membre ne devra représenter son intérêt d’une manière individuelle mais plutôt viser des objectifs communs au profit de l’intérêt de l’organisation et celui des cibles de ses interventions.

Une autre spécificité des organisations de la société civile est qu’elles ne travaillent pas dans un but lucratif. Leurs caractéristiques communes devraient résider dans des principes fondamentaux tels que l’autonomie, l’autorégulation ou l’autodiscipline, le volontariat, la motivation et l’engagement, la solidarité ainsi que différentes valeurs démocratiques fondamentales (liberté de se réunir, de s’exprimer, liberté d’opinion)

Quels sont donc les rôles de la société civile ?

Le rôle de contre-pouvoir est l’un des plus grandes missions que les citoyens attendent des organisations de la société civile. Il s’agit-là des rapports de pouvoir entre les différentes catégories sociales à l’échelle de la collectivité, ainsi que de la façon dont ces rapports se traduisent dans le système politique, et celui des rapports entre l’État et les gouvernants, d’une part, et les différentes catégories de citoyens, d’autre part.

Pour que l’intérêt général prime, il est du ressort des sociétés civiles de mener des actions d’interpellation ou de plaidoyer en vue d’alerter les responsables et de se faire entendre en proposant des solutions.

A cet effet, la société civile se montre ainsi comme étant une force de proposition pour une meilleure gestion des affaires publiques. Elle constitue un rempart efficace contre la mauvaise gestion publique. En d’autres termes, les organisations de la société civile sont des actrices, à part entière, du développement d’un pays comme le nôtre. Les domaines où les sociétés civiles interviennent sont variées et larges.  Chaque organisation se spécialise dans des champs thématiques où ils s’y connaissent mieux.  Environnement, violence conjugale, droits des enfants ou des personnes en situation d’handicap, démocratie, bonne gouvernance, jeunes…figurent parmi les thématiques où l’action des OSC est la plus connue et qui prend un essor dans le contexte actuel

Quelles sont les contraintes que les organisations de la société civile rencontrent fréquemment ?

Malgré le pluralisme de la société civile à Madagascar et leur diversité, pas mal de contraintes méritent encore d’être soulignées. L’une d’entre elles touche même l’organisation en soi. Il n’existe pas de vision claire pour l’organisation. Les missions et les valeurs sont floues, voire inexistantes.

En outre, une faible capacité institutionnelle et organisationnelle est constatée. Les capacités techniques sont limitées et constituent un blocage pour certaines organisations qui souhaitent mener un changement au sein de la société, malgré leur vision, motivation et engagement. 

Un autre problème qui est fréquemment ressenti est l’existence du conflit d’intérêt. L’intérêt personnel risque de primer au détriment de l’intérêt de l’organisation. Ces problèmes constituent une entorse qui empêchent les sociétés civiles de jouer pleinement leurs rôles de contre-pouvoir et d’acteur de développement. Leur crédibilité en subit ainsi les conséquences.

Le degré de concertation entre les OSC elles-mêmes est encore faible, néanmoins, une évolution de cette situation est appréciée ces derniers temps. Pour la concertation entre les OSC et les pouvoirs publics, c’est encore insignifiant.

Outre ces contraintes déjà citées, il ne faut pas non plus oublier que d’autres entorses sont derrière la non-efficacité de la société civile, parmi lesquelles figurent :

  • L’inexistence, la méconnaissance ou l’imperfection de certains textes régissant les organisations de la société civile
  • L’insuffisance des ressources (humaines, matériels, financières)
  • Le poids excessif de l’Etat qui empêche la société civile d’affirmer son rôle
  • Les trafics d’influence et détournement divers

Comment améliorer les actions des sociétés civiles à Madagascar ?

Vu le manque de capacité des organisations de la société civile à Madagascar, le renforcement des capacités est nécessaire. C’est l’une des raisons d’être du Programme FANAINGA pour une société civile responsable, inclusive et engagée pour le développement durable de Madagascar. De plus, la majorité des organisations de la société civile malgaches ne sont pas encore en mesure de gérer leur structure et de contribuer au développement du pays, c’est alors qu’il s’avère nécessaire de les accompagner dans leur processus de conduite de changement.

Le renforcement du dialogue et la création d’un espace de concertation et de partage entre les OSC elles-mêmes et entre OSC et pouvoir public permettraient aux OSC de s’affirmer et de jouer pleinement leurs rôles, de s’exprimer et de se faire entendre davantage. En dernier lieu, l’appui ; technique, matériel, financier de ces organisations de la société civile leur constituerait également un tremplin pour mener à bien leurs actions de changement envers la société.

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